Les Natures Mortes, 2011

 

Photographies numériques imprimées sur papier baryté, 27 x 41 cm.

 

Saint Jean Baptiste, Sainte Marguerite D'Égypte, Saint Janvier,

Sainte Lucie.

 

 

Les "Natures mortes" (...) sont des portraits photographiques. Sur fonds uniformément noirs, quatre saints chrétiens sont représentés par quatre groupes d'objets, leurs attributs. Les attributs : certains traits saillants étaient sélectionné dans la biographie des saints pour aider à leur identification (objets, animaux, singularités physiques) ; ils véhiculaient un message iconique strictement réglé, codifié. Ils accompagnaient les corps peints, induisaient des postures, brandis ou flottant dans l'image comme des signes sur la page. Ainsi, les ampoules de sang et les palmes désignaient Saint Janvier de Naples ; les trois pains et sa longue chevelure Sainte Marie d'Egypte ; la peau de mouton et la plateau Saint Jean Baptiste ; les yeux et les palmes Sainte Lucie de Syracuse... Mais pour le contemporain, dépositaire d'un héritage culturel lacunaire, les "Natures mortes" ne constituent pas des textes qu'il suffirait de lire, elles sont le lieu d'une énigme à interpréter. Ce n'est pas seulement la figure humaine qui a disparue, c'est l'ensemble cohérent des motifs fournis pas l'iconographie chrétienne qui est devenu opaque, coupé de la foi qui l'a fait naître. La connivence que les objets instaurent entre eux remplace alors celle que les hommes avaient recherché avec leur créateur, par l'intercession des saints. Les objets dialoguent entre eux : la nature, morte pour nous, vie sa propre vie, silencieuse... nos restes sont bienvenus, si nous restons sourds à son appel.

L'art contemporain est-il chrétien, s'interrogeait Catherine Grenier. Postchrétien certainement, répond Ariane Yadan, et, partant, posthumain (en perdant Dieu, l'homme perd le miroir qui reflétait son visage : il se perd lui-même). Mais il est également postpaïen : les sculptures qu'elle réalise se réfèrent à un arrière-pays que les humains avaient, jadis, en partage avec les dieux (avec les forces immanentes de la Nature) sans pour autant croire à son retour possible. Postmoderne enfin: les idéaux des Lumières, l'utopie y sont totalement absents. Une accumulation de "post qui ne préfigurent rien, qu'une errance sans fin (...).

 

Gilles Lopez

ARIANE YADAN

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