Pierres, 2010

Matériaux divers, dimensions variables.

 

"Matériaux divers, dimensions variables". C'est par cette formule conventionnelle, dont l'imprécision contraste avec le caractère définitif de l’œuvre, qu'Ariane Yadan décrit l'ensemble de ses quatre "Pierres". Si leur disposition au sol a pu varier, chacune des sculptures atteint cependant un tel degré d'achèvement, un tel "réalisme", qu'on oublie d'emblée la logique dont ils procèdent - le collage - pour laisser la violence de l'image s'imposer. Images donc, qui associent chacune un rocher et une bouche, afin de former quatre individus autonomes. En s'approchant, le spectateur peut encore croire à de véritables pierres, à quelque installation affiliée à l'arte povera (rien ne ressemble plus à une pierre qu'une pierre parfaitement imitée, même concrétude, même immobilité). Les gueules humaines béantes, sitôt aperçues, les font basculer dans un registre fictionnel, emprunt d'animisme. L'effet de réel persiste tandis que l'on scrute les détails des chimères qui se tordent à nos pieds. L'apparence éclipse l'apparition, affirmait Jean-François Lyotard ; lorsque le vu entre en conflit avec le su, il arrive cependant que l'apparence soutienne l'apparition. Si les "Pierres" peuvent nous impressionner durablement, c'est parce qu'elles objectivent un fantasme, parce que la précision hallucinante de leur réalisation parvient à rendent crédible, tangible... une hallucination.

 

(...) La pulsion de mort qui anime l’œuvre d'Ariane Yadan (toute son œuvre) n'est pas celle que décrit Sigmund Freud, elle ne tend pas vers le retour à un état inorganique et de moindre tension.

La mort est difficile, est menace, effraction. L'existence commence dans un cri et s'achève dans les râles, qui sont l'exténuation du cri. Le cri signe la première confrontation de l'humain naissant avec le non-humain. Le cri fait l'humain, par différenciation : rejet volcanique du non-humain qui s'engouffre soudain (l'air brûle). Et le non-humain, qui est notre non-être, n'en finira pas se s'engouffrer...

 

Gilles Lopez

ARIANE YADAN

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Vue de l'installation, Espace Short, Nantes, 2013.