ARIANE YADAN

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READY-MADE PARANOÏAQUES

 

 

 

Dans sa  "Logique du sens ", Gilles Deleuze développe une conception singulière du simulacre, où celui-ci n'est plus la reproduction d'un modèle original, mais la production d'un fantasme (chez Klossowski, notamment). Un simulacre n'est pas une copie dégradée, mais une machinerie qui subvertit la hiérarchie du vrai et du faux, qui instaure le règne de leur effondrement commun. Il semble en être de même chez Ariane Yadan, qui ne reproduit jamais un visage sans laisser ses obsessions le contaminer, l'assujettir.

 

(...) Sa pratique de la photographie instantanée découle également de l'hallucination, de la vision projetée. On est frappé, à considérer la multitude d'objets singuliers, de petites scènes et de situations étranges que les Polaroïds ont captés, par leur proximité d'avec les propres dessins de l'artiste, d'avec certaines de ses sculptures.

 

Comme si Ariane Yadan se trouvait confrontée, lors de ses déplacements, à une collection de ses oeuvres, déjà réalisées (ready-made), que la photographie documente. Ce genre de ´ pétrifiantes coïncidences ª a été théorisé par André Breton, avec la notion de hasard objectif, qui relie les phénomènes ´ merveilleux ª du réel aux forces de l'inconscient. Mais le merveilleux des surréalistes se transforme en menace, lorsque l'artiste y voit systématiquement la confirmation de ses obsessions. La vertu probatoire de la photographie se trouve alors mobilisée dans une recherche anxieuse de preuves - de ce qui se trame...

Dans l'objectif de son appareil, les ready-made paranoïaques sont autant de pièces à conviction à ajouter au procès du monde. Il y a dans le simulacre un devenir-fou, un devenir illimité, écrivait également Gilles Deleuze.

 

Gilles Lopez.

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